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(FILES) M23 soldiers are seen at the Stade de l’Unite’ (Unity Stadium in French) in Goma on February 6, 2025 for a public gathering called by the armed group. The US special envoy to Africa on April 17, 2025 called on Rwanda to withdraw all its troops from the Democratic Republic of Congo and stop any support for the M23 rebel group. « Rwanda should cease all military support to M23, and withdraw all Rwandan troops from DRC territory, » Massad Boulos said after meeting this week with the leaders of both countries. (Photo by Alexis Huguet / AFP)

Alors que la République démocratique du Congo tente de contenir une nouvelle configuration sécuritaire à l’Est, l’enquête ouverte au sein de l’état-major sur l’effondrement des Forces armées de la RDC face au M23 révèle une crise institutionnelle plus profonde que ne le suggère le discours officiel. Le recul soudain de l’armée congolaise autour de Goma et de Bukavu, malgré des dépenses militaires évaluées à plusieurs dizaines de millions de dollars sur les deux dernières années, a mis en évidence la fragilité d’un appareil de défense traversé par des intérêts divergents et par une culture persistante de gestion informelle des ressources. Selon plusieurs sources militaires et diplomatiques, la défaillance logistique — rupture de ravitaillement, absence de munitions au moment critique et abandon de matériel neuf sur les positions — ne s’expliquerait pas seulement par l’intensité des combats mais par des décisions internes susceptibles d’avoir facilité l’avancée de la rébellion soutenue par le Rwanda, selon l’ONU.

L’enquête, qui touche à ce stade plus d’une vingtaine de généraux et d’officiers supérieurs, se concentre sur des allégations de collusion avec les forces adverses, de détournement de fonds opérationnels et de dysfonctionnements structurels du commandement. Parmi les personnalités les plus en vue figurent des proches de la présidence ayant occupé des postes stratégiques : Christian Tshiwewe, ancien chef d’état-major ; Franck Ntumba, jusque-là responsable de la Maison militaire du chef de l’État ; et Christian Ndaywel Okura, ex-patron du renseignement devenu chef de l’armée de terre. Tous sont détenus dans des résidences sécurisées mises à disposition par les autorités — un contraste notable avec le sort commun des soldats accusés d’indiscipline —, une mesure que les observateurs interprètent autant comme une protection des informations sensibles que comme une indication de la dimension politique du dossier.

L’enjeu dépasse le strict champ militaire. À deux ans des prochaines élections générales, le président Félix Tshisekedi doit composer avec une armée dont la loyauté institutionnelle demeure incertaine, en particulier face à la montée en puissance de réseaux internes, parfois liés à des intérêts étrangers ou à la précédente administration. La poursuite des opérations du M23, l’incertitude autour de l’accord signé à Doha en novembre 2025 et le risque d’une fragmentation accrue du commandement créent un environnement où la sécurité nationale et la stabilité des institutions sont intimement corrélées. Plus le processus judiciaire tarde, plus les questions se multiplient sur la capacité de Kinshasa à réformer une structure de défense dont l’efficacité est aujourd’hui directement mise en cause. Selon un diplomate occidental en poste dans la région, « la RDC fait face à un défi dual : regagner le terrain militaire perdu et reconstruire la confiance dans son propre appareil sécuritaire », une tâche complexe dans un pays où l’État dépend encore largement de la loyauté individuelle des acteurs militaires plutôt que de la solidité des mécanismes de gouvernance.

Par Odon Bulamba / ADR

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