KINSHASA, République démocratique du Congo —
Sous le soleil brûlant d’octobre, dans la commune de Limete à Kinshasa, la foule s’est soudain tue. Devant le siège du parti présidentiel, Deo Bizibu a pris la parole d’une voix grave :
« Le secrétaire général, il est bel et bien là : l’honorable Augustin Kabuya ! »

Ce 4 octobre, celui qui contestait depuis plus d’un an l’autorité du secrétaire général venait, solennellement, d’abdiquer. En un geste symbolique, Bizibu a rendu son trône à Kabuya et scellé, du moins en apparence, la réconciliation d’un parti fracturé depuis l’été 2024.
Un parti au bord de la rupture
Depuis plus d’un an, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) vivait une querelle interne qui menaçait sa survie.
Accusé de dérives autoritaires, Augustin Kabuya avait été destitué par une faction autoproclamée « convention démocratique ». Mais le secrétaire général n’avait jamais cédé. Il continuait à occuper son bureau, tandis que ses opposants, emmenés par Deo Bizibu, tenaient leurs propres réunions, leurs propres discours, leurs propres rêves de légitimité.
Samedi, vêtu de blanc — couleur du parti et symbole de paix — Bizibu a enfin fait allégeance :
« L’UDPS n’a qu’un seul chef : Fatshi Beton, Félix Tshisekedi », a-t-il proclamé, reprenant le surnom populaire du président.
À ses côtés, Augustin Kabuya a répondu dans un ton de contrition :
« Nous avons ouvert une nouvelle page. Nous respectons les orientations du chef de l’État et demandons pardon pour les scandales causés. »
L’arbitre silencieux : Félix Tshisekedi
Derrière cette scène d’unité retrouvée, une main invisible : celle du chef de l’État lui-même.
Le 19 septembre, tard dans la nuit, Félix Tshisekedi avait convoqué les deux camps rivaux au Palais de la Nation. Après des entretiens séparés, il leur proposa un compromis : Kabuya resterait secrétaire général jusqu’au congrès de décembre, Bizibu retrouverait son poste de secrétaire général adjoint.
« Il n’y a pas de vainqueur ni de vaincu », résume Adolphe Amisi Makutano, député et président de la Ligue des jeunes du parti. « L’unité, c’est déjà une victoire. »
Officiellement, la Constitution congolaise interdit au président d’exercer un pouvoir au sein d’un parti. Officieusement, sans son arbitrage, le schisme aurait pu s’envenimer.
« Il attendait peut-être qu’un camp s’épuise, confie Marcellin Bilomba, proche de Deo Bizibu. Mais nous n’avons pas faibli. Beaucoup ont perdu leur emploi, mais cela a renforcé notre détermination. À un moment, il fallait trancher. »
La peur de l’effacement
Au sein du parti, un sentiment d’urgence régnait. L’UDPS, jadis symbole de résistance sous Mobutu, craignait de se marginaliser dans la coalition de l’Union sacrée.
« Pendant que nous nous disputions, d’autres préparaient 2028 », glisse un cadre du parti sous couvert d’anonymat.
« L’objectif d’un parti, c’est de conquérir le pouvoir et de le conserver », tranche froidement Emmany Dioko, ancien président de la Ligue des jeunes.
Plusieurs figures du parti, dont Daniel Aselo, Peter Kazadi, Jean-Claude Tshilumbayi et Eteni Longondo — l’auteur d’une lettre cinglante adressée à Kabuya en 2024 — avaient déjà œuvré dans l’ombre à une médiation.
Même Marthe Kasalu, la mère du président, aurait encouragé la réconciliation. Ensemble, ils forment aujourd’hui un « comité d’accompagnement » chargé de superviser les réformes internes et d’organiser le congrès de décembre.
Refonder l’UDPS
Derrière la paix signée, le chantier reste immense.
Les statuts du parti, hérités de son époque d’opposition, paraissent dépassés pour une formation désormais au pouvoir. Un poste de vice-président pourrait être créé pour épauler le chef du parti et éviter de nouveaux blocages.
Chaque camp désignera aussi ses représentants dans les commissions préparatoires du congrès — une mesure symbolique pour restaurer la confiance.
« Dans toutes les familles, il y a des différends. Mais c’est notre capacité à nous dépasser qui fera notre force », insiste Makutano.
Même Bilomba, l’un des visages de la fronde, adopte un ton conciliant :
« Je ne suis pas un frondeur. Je veux simplement que l’UDPS retrouve sa place. »
Une paix encore provisoire
Personne, au sein du parti, n’ose dire que tout est réglé.
Mais la journée du 4 octobre a marqué une respiration rare, un moment suspendu entre rancunes et réconciliation.
« J’ai aimé ce qui a été dit, raconte un cadre présent. Nous sommes dans un processus de paix, même si elle prendra du temps. »
L’histoire de l’UDPS, marquée par des décennies de divisions et de luttes internes, prouve qu’elle sait renaître de ses crises.
« Avec des amis, on s’est dit pardon pour les mots trop durs qu’on a échangés », confie un militant. « Il faut avancer. »
Mais dans le tumulte politique congolais, la paix est toujours fragile — et souvent provisoire.
O Bulamba / ADR









