
Le Caire, Egypte – Le chef des paramilitaires soudanais des Forces de soutien rapide (FSR), Mohamed Hamdane Daglo, a reconnu dimanche pour la première fois que ses troupes avaient perdu la capitale, dont l’armée avait affirmé jeudi avoir repris le contrôle total.
« Il est exact que dans les jours précédents, il y a eu un repositionnement des forces à Omdurman (ville jumelle de Khartoum, NDLR), et cela a été approuvé par la direction et le service des opérations, et c’est une décision collective. Je vous confirme que nous sommes effectivement partis de Khartoum, mais (…) nous reviendrons avec une détermination plus forte », a déclaré le général Daglo, dans un discours adressé à ses troupes relayé sur les réseaux sociaux.
« Tous ceux qui pensent qu’il y a des négociations ou des accords en cours avec ce mouvement diabolique se trompent », a-t-il ajouté en référence à l’armée, avec laquelle les FSR sont en guerre depuis avril 2023.
« Nous n’avons ni accord, ni discussion avec eux. Seulement le langage des armes », a-t-il ajouté.
Chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane avait déclaré mercredi soir la capitale « libérée » des FSR, avant que l’armée n’en annonce jeudi la prise de contrôle totale.
De leur côté, les FSR avaient juré jeudi qu’il n’y aurait « ni retraite, ni reddition ». « Nos forces n’ont perdu aucune bataille, mais se sont uniquement repositionnées », avaient-elle déclaré.
– Pays coupé en deux –
La guerre au Soudan a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, déraciné plus de 12 millions de personnes et provoqué une crise humanitaire majeure.
Samedi soir, dans sa première allocution depuis l’annonce de la reprise de Khartoum, le général al-Burhane a promis que ses forces se battraient jusqu’à la victoire sur les paramilitaires, affirmant que la guerre ne finirait que lorsque les FSR déposeraient leurs armes.
Il a également exclu toute négociation avec ses rivaux, affirmant que la victoire ne serait complète que lorsque « le dernier rebelle aura été éliminé ».
Lors de la fragile transition politique après la chute en 2019 du président Omar el-Béchir, les généraux Burhane et Daglo avaient forgé une alliance de circonstance pour chasser les personnalités civiles du gouvernement, avant d’entamer une lutte acharnée pour le pouvoir qui a tourné à la guerre ouverte.
Malgré le revers infligé par l’armée aux FSR dans la capitale, le pays, le troisième plus grand d’Afrique, reste de facto divisé en deux.
L’armée contrôle l’est et le nord du Soudan, tandis que les FSR dominent quasiment toute la vaste région du Darfour dans l’ouest ainsi qu’une partie du sud.
Les FSR et l’armée ont toutes deux été accusées d’atrocités, et leurs dirigeants sont sous le coup de sanctions américaines. En janvier 2025, Washington a formellement accusé les FSR de « génocide ».
Dimanche matin, des témoins ont rapporté à l’AFP que des drones ont visé la ville d’Atbara, à environ 300 km au nord de Khartoum. Aucun bilan n’a été donné de source médicale.
Atbara, située à un carrefour entre Khartoum et les régions du nord, est une base stratégique pour l’armée. Elle se trouve sur la route menant à Port-Soudan, où le gouvernement, fidèle à l’armée, s’est installé.
Par ailleurs, une source médicale a déclaré à l’AFP qu’une frappe des FSR dimanche sur la ville d’El-Obeid (sud), a tué un enfant et fait huit blessés.
L’armée était parvenue en février à briser le siège de près de deux ans des FSR sur El-Obeid, un carrefour clé reliant Khartoum au Darfour, une vaste région de l’ouest du Soudan sous le contrôle presque total des paramilitaires.
Samedi, les paramilitaires ont affirmé avoir pris le contrôle d’une base militaire située à environ 140 km au sud-ouest de Damazin, capitale de l’Etat du Nil Bleu (sud), près de laquelle ils avaient mené une attaque au drone jeudi, selon des témoins.
© Agence France-Presse