Ce skieur qui a fait fortune dans la restauration est l\’un des milliardaires les plus en vue à coté de Poutine. Il est le financier du groupe Wagner et le fer de lance de l\’opération d\’influence russe sur le continent.
Les gars de Wagner sont dans de nombreux pays africains depuis plusieurs mois. Plusieurs questions se posent dans l\’esprit du public dans ce contexte. Comment est née leur existence ? Combien en avez-vous et où sont-ils stationnés ? De quelles sources de financement disposent-ils ? Face à ces questions, le Président Français a provoqué une rencontre avec son homologue russe. Emmanuel Macron portait un costume noir avec une cravate assortie et une chemise noire sous sa main gauche. Le président français s\’est assuré d\’avoir quelque chose avec lui pour prendre quelques notes. L\’ancien ministre de l\’Économie était bien exhaussé, et certains de ses hauts fonctionnaires lui ont dit un jour qu\’un politicien avisé ne voyage jamais sans quelques papiers sous le bras. C\’est une question de crédibilité. Vladimir Poutine se tient à quelques mètres de lui, de l\’autre côté d\’une table de cinq mètres de long, à le regarder. Le président russe a mis les talons dans le sol, les coudes écartés, vêtu d\’un bleu foncé qui tranche avec les couleurs pâles de la salle de représentation du Kremlin. La nonchalance, l\’assurance et l\’expérience sont toutes évoquées par cette position.
Pourquoi cette agitation dans le camp Français depuis l’annonce de la présence de ces troupes dans la partie ouest africaine ? Les Français craignent désormais une contagion. Ils ont en ligne de mire le Burkina Faso et le Niger, tous cibles désignées des ambitions wagnériennes et où le sentiment anti-français est déjà très fort, après avoir sous-estimé celui-ci lorsque Wagner a mis le pied en République centrafricaine, pensant ensuite, à tort, qu\’une répétition du scénario centrafricain était peu probable au Mali. Interrogé sur l\’apparition de Wagner à Bamako, le président nigérien a déclaré à Jeune Afrique que ce n\’était \”pas la solution\”. Chacun était lié par un serment de discrétion. Des négociations secrètes, en revanche, lui ont permis de se préparer pendant des mois. Les émissaires ont utilisé des hélicoptères pour se rendre dans des régions reculées de la République centrafricaine afin d\’esquisser leurs plans. D\’autres rassemblements ont eu lieu au Soudan. Chaque étape demandait du temps et de l\’argent. La réunion a finalement eu lieu au mois d\’août de cette année.
Finalement une réunion devrait avoir lieu pour connaitre le financier du fameux Wagner comprendre les enjeux impliquant plusieurs partenaires africains. Jamal Aldin Omar, le chef des renseignements soudanais, est chargé de l\’accueil. Il a offert une chambre climatisée qui était à l\’abri des regards. Les principaux commandants des organisations armées opposées au président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, Ali Darassa, Abdoulaye Hissène, Mahamat al-Khatim et Noureddine Adam, sont là. Un groupe d\’hommes blancs se tenait devant eux. Certains d\’entre eux sont habillés en uniforme. D\’autres se sont déguisés, comme Evgueni Prigojine. L\’oligarque, qui dirige la délégation face aux rebelles, se rend régulièrement au Soudan. L\’organisation Wagner, qu\’il finance, mène depuis plusieurs années des activités liées à l\’électricité dans la région. Son entreprise, Concord, travaille également avec des entreprises minières de la région. Prigojine pose régulièrement ses jets sur le tarmac de Khartoum.
Cette fois, il est escorté d\’une quinzaine de gardes, commandés par son bras droit, le chef de Wagner, Dmitri Outkine. Dmitri Sytyi, interprète francophone, et Valery Zakharov, spécialiste centrafricain, sont à leurs côtés.
La rencontre était prévue pour durer deux heures. Prigojine est un grand bavard. Il appelle à une collaboration gagnant-gagnant et à un partage des ressources préfecture par préfecture au nom du gouvernement centrafricain. Une partie pour Bangui, une partie pour l\’organisation armée régionale, une partie pour Wagner, explique un participant qui a rompu sa parole de silence. Les hommes se séparent avec des valises contenant des dizaines de milliers d\’euros pour les Centrafricains. Les soi-disant accords de Khartoum sont signés six mois plus tard par le gouvernement centrafricain et les rebelles. Bangui vient d\’être remporté par Evgueni Prigojine. Qui est-il ce financier ? Il a été condamné à douze ans de prison en 1981 pour vol en bande et implication dans un réseau de prostitution. Qui est réellement cet envoyé officieux de Moscou ?
Evgueni Prigojine est fils d\’ingénieur minier est né à Leningrad en 1961 et s\’est pris de passion pour la glisse alors qu\’il fréquentait un lycée sportif. Evgueni souhaite devenir skieur professionnel, mais s\’inscrit parallèlement à l\’Académie de chimie et de pharmacie de sa ville natale. Surtout, il a eu son premier accrochage avec la justice : il a été arrêté pour vol et condamné en novembre 1979, mais sa peine a été suspendue. Le tribunal est indulgent. Evgueni Prigojine, en revanche, n\’en profite pas. Il est de retour au tribunal deux ans plus tard. Wagner est une société de sécurité privée non autorisée liée à la direction du Kremlin est de plus en plus active sur le continent, avec des bureaux au Soudan et en République centrafricaine, ainsi qu\’au Sahel. Plongez dans le monde ténébreux des vrais faux mercenaires de Khartoum à Bamako, en passant par Bangui et Saint-Pétersbourg.
Le 20 avril, quelques véhicules sont encore garés devant le bar-cabaret à trois étages, l\’une des plus grandes places de la ville, à une centaine de mètres du « point zéro kilomètre » au cœur de Bangui. La nuit, les lumières des bâtiments s\’allument. L\’avenue du Colonel Adrien-Conus est vide en contrebas. Il est presque 20 heures et le couvre-feu sera bientôt en vigueur. Cependant, certains consommateurs, notamment les habitués, n\’ont pas l\’intention de partir. Cinq des soldats de N\’Djamena ont été enlevés puis exécutés au Tchad le 30 mai, non loin de la frontière avec la République centrafricaine, lors d\’affrontements avec des forces centrafricaines et des supplétifs russes, selon N\’Djamena. Si Bangui prétend avoir poursuivi les rebelles centrafricains sur le sol tchadien, les responsables tchadiens qualifient les événements de \”crimes de guerre\” et blâment les mercenaires de Wagner. Bien qu\’une enquête collaborative soit en cours, les tensions restent vives. Wagner pourrait-il réaliser ses aspirations et celles du Kremlin à l\’ouest du continent après Khartoum et Bangui ? Quoi qu\’il en soit, la douce symphonie africaine de Vladimir Poutine et de son allié Evgueni Prigojine, qui va de la Libye au Mozambique en passant par le Soudan et la République centrafricaine, semble inachevée. Il a été condamné à douze ans de prison après avoir été accusé de vol organisé, de fraude et d\’appartenance à un réseau de prostitution. Il a terminé les trois quarts de son mandat et a été libéré en 1990, juste au moment où l\’Union soviétique se dissolvait. C\’est l\’heure des affaires dans la ville aujourd\’hui connue sous le nom de Saint-Pétersbourg. Sur le marché d\’Apraksin Dvor, Prigozhin ouvre avec son beau-père un restaurant de restauration rapide, où le menu se compose principalement de hot-dogs.
Peu de temps après, il est administrateur et actionnaire à 15 % de Contrast, la première chaîne d\’épiceries de la ville, fondée par un de ses anciens camarades de classe. En 1995, il convainc un autre copain de Contrast, Kirill Ziminov, de se joindre à lui pour lancer l\’Ancienne Douane, un restaurant haut de gamme. Ils achètent un bateau deux ans plus tard et l\’aménagent à la manière des restaurants parisiens de la Seine avant de le poser sur la Néva. Là, l\’élite de la nouvelle Russie se rassemble. Prigojine gravit les échelons des puissants, devenant le chef personnel d\’un certain Vladimir Poutine. Jusqu\’en 1996, ce dernier était l\’éminence grise d\’Anatoly Sobchak, le maire de Saint-Pétersbourg. Même dans les recoins les plus sombres de la pègre, son bras droit est une force avec laquelle il faut compter.
Poutine admire cet individu qui est parti de zéro. S\’il se rendait ensuite à Moscou pour suivre les traces de Boris Eltsine et lui succéder à la présidence, Poutine conserverait le centre de son pouvoir dans l\’ancienne capitale des tsars. Il y vint de son plein gré après être devenu président, notamment pour souper sur les eaux de la Neva, dans le plus somptueux des lieux, celui d\’Evgueni Prigojine, un membre de confiance des réseaux pétersbourgeois. En 2001, il a même servi personnellement Vladimir Poutine et son équivalent français, Jacques Chirac. Le président russe admire cet homme qui renaît de ses cendres. Il lui permet d\’approcher son entourage, notamment Viktor Zolotov, le futur commandant de la Garde nationale. Les années fastes ont commencé pour Prigojine.
Les sanctions ont connu une bonne année. Il a été choisi pour diriger l\’investiture de Dmitri Medvedev, président par intérim de Poutine, en 2008. En 2010, il a remporté un contrat d\’une valeur de plusieurs centaines de millions d\’euros pour servir des repas aux enfants de Saint-Pétersbourg via sa société Concord, qu\’il a fondée en 1996. L\’année suivante, il profite de la privatisation de la préparation des rations de l\’armée pour décrocher un contrat de plus de 600 millions d\’euros. L\’entreprise de Prigojine se développe, en partie grâce aux prêts à faible taux d\’intérêt de la Banque de développement du pays (VEB). De Concord, qu\’il a mis au nom de sa mère en 2011, il a construit une multitude d\’entreprises qui ont amassé des contrats d\’État et l\’ont propulsé au sommet de la richesse de la Russie.
De nombreux politiciens et journalistes africains utilisent le conflit en Ukraine et la montée de la Russie pour relancer la lutte anti-française et anticoloniale. Revue des alliés objectifs et parfois financiers de la propagande anti-impérialiste du Kremlin. Le magnat Yevgueni Prigojine, membre du premier cercle de Vladimir Poutine et parrain de la nébuleuse Wagner, est en première ligne en tant qu\’expert de la désinformation. Elle s\’appuie sur des structures relais comme l\’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale), dirigée depuis Maputo par le psychologue mozambicain José Matemulane. Cette institution, présidée par Ioulia Afanasieva, une amie de Prigojine, est liée au réseau de l\’homme d\’affaires russe et lui permet d\’exercer ses activités d\’influence en Afrique. Enfin, cette station est largement utilisée par la société civile centrafricaine, notamment Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme \”National Galaxy\” (qui est fortement pro-Touadéra), et Harouna Douamba, le président d\’\”Aimons notre Afrique\”, un Organisation financée par Lobaye Invest. Des manifestations pro-russes à Bangui sont organisées par les deux hommes. Alors que l\’ANC est proche de Moscou, des opinions pro-russes sont régulièrement partagées sur les réseaux sociaux en Afrique du Sud. Ainsi, le compte Twitter revendiqué à Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l\’ex-président Jacob Zuma, serait le premier à populariser le hashtag #istandwithrussia en Afrique du Sud, retweeté des centaines de milliers de fois depuis. La grande majorité du contenu qui y est lié est anti-OTAN et anti-impérialisme.
Prigojine a un immobilier de son rang. Une flotte comprend un yacht à double pont, une maison avec un terrain de basket et un hélicoptère privé. Sa bonne fortune, en revanche, attire l\’attention. Car le fournisseur officiel du Kremlin, chez qui Poutine a fait son grand retour en 2012, s\’aventure dans un autre domaine que la restauration. Il a participé à la création de l\’Internet Research Agency (IRA) à la mi-2013, une arme de propagande visant principalement à influencer les réseaux sociaux. Elle emploie plusieurs centaines de personnes, dont beaucoup sont rémunérées par le réseau Concord, pour dénigrer l\’opposition, dynamiser les mouvements d\’opinion en Ukraine ou en Syrie, ou influencer les élections (notamment au Zimbabwe et à Madagascar) en 2017 et 2018.
Prigojine est connue de sources Américaines de lutte contre le blanchissement de capitaux et enrichissement illicite ; c’est ainsi qu’il a été frappé par les sanctions plusieurs fois. Cet homme et sa société Concord ont été punis par les États-Unis en 2017 pour leur rôle dans l\’annexion de la Crimée trois ans auparavant. L\’IRA a été accusée d\’ingérence dans l\’élection présidentielle américaine de 2016 en 2018. L\’Union européenne a imposé des sanctions supplémentaires contre l\’Ukraine pour des tactiques de désinformation il y a quelques semaines. Enfin, Prigozhin est connu pour sa cruauté. Il est soupçonné d\’être à l\’origine de l\’assassinat d\’activistes et de journalistes qui souhaitaient travailler pour lui (trois d\’entre eux ont été assassinés dans des circonstances douteuses en République centrafricaine en 2018). Il est, avec le Tchétchène Ramzan Kadyrov, l\’une des personnes les plus dangereuses de Russie, selon un journaliste russe. Prigojine est-il sur le point de s\’effondrer, malgré les sanctions de toutes parts ? Il a perdu sa tranquillité d\’esprit à cause de sa célébrité. L\’oligarque, qui figurerait parmi les cinq personnes les plus riches de Russie, a poursuivi le moteur de recherche Yandex en 2016 pour la suppression des publications en ligne dans le cadre du droit à l\’oubli. Sa demande a été rejetée par un tribunal de Saint-Pétersbourg.
En conséquence, Prigojine continue de fonctionner sous contrôle. Wagner opère désormais presque ouvertement en Afrique, en partenariat avec le ministère russe de la Défense de Sergueï Chogou, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Mali (sans parler d\’une expérience désastreuse au Mozambique). La révélation de la présence imminente de la société de sécurité russe Wagner au Mali continue à faire débat. Ce n\’est cependant que le dernier acte du blitz de propagande modéré et délibéré de Moscou dans le pays. Au grand dam de la France. On se rappelle encore du vendredi 29 octobre, et de la chaleur à Bamako est caniculaire. Des milliers de personnes convergent vers la place de l\’Indépendance alors que les mosquées se vident. Le drapeau russe rejoint les couleurs nationales dans les cortèges qui les conduisent au lieu de rassemblement. \”Libérez la France\”, \”J\’ai hâte que les Russes arrivent.\” Sur plusieurs banderoles et pancartes arborées fièrement par les manifestants, on peut voir « Slogan des Maliens ».
A la suite des discours souverainistes qui vantent Assimi Goïta, le président de la transition, viennent des slogans anti-français et anti-Barkhane. La place de l\’Indépendance et ses environs deviennent densément peuplés. Depuis la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020, on n\’avait jamais vu un tel rassemblement. Cette fois, les marcheurs ne protestent pas contre un régime, mais plutôt en soutien au gouvernement intérimaire. Le mouvement Yerewolo-Debout sur les remparts, qui a été le fer de lance de cette mobilisation, est connu pour son sentiment anti-français au Mali, préférant plutôt travailler avec la Russie. Séga Diarrah \”ne croit pas à la présence de Wagner à Bamako\” et estime que \”si Barkhane et la Minusma partent, le Mali est condamné\”. Il ne refuse cependant pas de publier toutes les informations qui lui sont transmises par les experts russes. La Russie cherche à reconquérir une place de choix en Afrique en capitalisant sur la croissance d\’un discours de plus en plus antagoniste à la France. Moscou s\’intéresse de plus en plus à la dynamique médiatique de la sous-région, dans le but affiché d\’étendre ses tentacules à l\’ensemble des médias d\’Afrique de l\’Ouest. Surtout, Evgueni Prigojine continue de fonctionner comme un \”entrepreneur d\’influence\” sur le continent à travers son groupe Patriot, qui finance des associations locales, des médias et des militants comme le Malien Adama Ben Diarra et le Béninois Kemi Seba. En vérité, argumente un expert, c\’est son travail principal et le plus utile au Kremlin. Poutine, bien plus que les mercenaires de Wagner, a besoin de relais qui transmettent des idées anti-occidentales. Emmanuel Macron a annoncé le 17 février le retrait de la force française Barkhane du Mali, tandis que les mercenaires de Wagner prenaient le contrôle de ses anciens appartements de Tombouctou.
La machine Prigojine a remporté une nouvelle victoire symbolique.
ERIC KUIKENDE, LEO NJO LEO NEWS