KINSHASA — Dans un Congo fracturé par la guerre à l’Est et une économie sous tension, un homme refait surface au cœur du pouvoir : Adolphe Muzito, ancien Premier ministre de Joseph Kabila et aujourd’hui vice-Premier ministre du Budget.
Sa mission est claire, presque martiale : restaurer la discipline financière et soutenir le président Félix Tshisekedi dans son pari d’unité nationale.
“En temps de guerre, il n’y a ni opposition ni majorité. On doit tous travailler ensemble”, confie-t-il à ADR, dans son bureau panoramique du nouveau centre financier de Kinshasa.
Un retour calculé dans le noyau du pouvoir
Battant en brèche l’image du politicien marginalisé, Muzito réapparaît comme un pragmatique au service de la reconstruction.
Après une traversée du désert marquée par son échec à la présidentielle de 2023 (1,13 % des voix), il s’impose désormais comme le visage de la rigueur économique, chargé de doubler le budget national à 17 milliards de dollars.
Un objectif audacieux, soutenu par la Première ministre Judith Suminwa et par un argument que peu osent défendre : l’endettement maîtrisé.
“Notre dette publique représente moins de 20 % du PIB. Nous pouvons aller jusqu’à 30 milliards d’emprunts extérieurs, sans compromettre la soutenabilité”, affirme-t-il.
Un Congo en guerre, mais solvable
Alors qu’une partie de l’Est échappe encore à l’autorité de l’État, Muzito insiste sur un fait que beaucoup ignorent : l’essentiel des recettes congolaises provient de l’Ouest, du couloir Kinshasa–Matadi–Katanga industriel.
Cette assise permet, selon lui, de maintenir la machine publique à flot malgré la guerre.
“Ce n’est pas à l’Est que nous mobilisons nos recettes principales. Nous avons de quoi compenser.”
À rebours des critiques qui réclament une réduction du gouvernement pour économiser, il recentre le débat :
“Le problème, ce n’est pas le nombre de ministres. C’est la faiblesse des recettes et l’inefficacité de leur collecte.”
Constitution, pouvoir et héritage de Lumumba
Là où d’autres évitent le sujet, Muzito avance frontalement : il veut une réforme constitutionnelle majeure.
Son ambition : un exécutif unifié, la fin du bicéphalisme entre Président et Premier ministre, et l’élection indirecte du chef de l’État par le Parlement — un modèle inspiré de l’Afrique du Sud.
“C’est un combat hérité de Lumumba et d’Étienne Tshisekedi. Il faut moderniser notre système, pas le subir.”
Une telle réforme, dans le contexte actuel, serait explosive. Mais Muzito l’assume, estimant que l’État doit d’abord vaincre la guerre avant de redessiner ses institutions.
Et s’il fallait reporter les élections ?
“Ce ne serait pas un abus du pouvoir, mais la situation qui nous y contraindrait.”
Une lecture stratégique : le nouveau pacte de Kinshasa
L’arrivée de Muzito traduit le recentrage de Félix Tshisekedi vers un gouvernement d’unité de façade, mais de survie réelle.
Le Budget devient ici une arme politique : il s’agit de financer la guerre tout en calmant les tensions sociales et de préparer le pays à l’après-conflit.
Derrière la rhétorique de solidarité nationale, Kinshasa cherche à rassurer le FMI et les partenaires internationaux, tout en démontrant que le Congo peut rester solvable sous pression militaire.
C’est une manœuvre à double fond : diplomatique à l’extérieur, électorale à l’intérieur.
“Le Congo peut encore se redresser, mais il faudra vingt à trente ans pour se hisser à la hauteur de son potentiel”, prévient Muzito.
Conclusion : le réalisme comme stratégie
Dans un pays où chaque ministre devient une cible politique, Adolphe Muzito se repositionne comme le technocrate loyal, un homme de chiffres dans un moment de guerre.
Son message sous-jacent est clair : le patriotisme économique est la nouvelle arme du pouvoir congolais.
À Kinshasa, la politique se conjugue désormais avec la survie. Et Muzito semble prêt à faire des chiffres un acte de guerre.
By O Bulamba / ADR









