Kinshasa, DR Congo – Le groupe armé M23, qui devait participer à des pourparlers de paix mardi à Luanda, a fait volte-face lundi soir en annonçant son refus d’y prendre part, compromettant les chances de cette énième tentative de résoudre le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le conflit dans l’est de la RDC riche en ressources et frontalier du Rwanda s’est intensifié ces derniers mois. Le M23 (« Mouvement du 23 mars »), piloté selon des experts de l’ONU par l’armée rwandaise et qui affirme défendre les intérêts des populations tutsies dans la région, a lancé fin janvier une offensive d’envergure, s’emparant en l’espace de quelques semaines des deux grandes villes de Goma et Bukavu.
Immédiatement après l’annonce de dernière minute du groupe armé antigouvernemental, le gouvernement de la RDC a affirmé à l’AFP maintenir sa participation aux négociations: « La délégation congolaise quitte Kinshasa pour Luanda. Nous allons répondre à l’invitation de la médiation » angolaise, a déclaré Tina Salama, porte-parole du président congolais Félix Tshisekedi.
De son côté, la présidence angolaise a maintenu dans un communiqué que « toutes les conditions » étaient « réunies pour le début des négociations directes comme prévu » mardi.
Médiateur de l’Union africaine (UA) dans la crise congolaise, le président angolais Joao Lourenço avait annoncé la semaine dernière inviter à Luanda les deux belligérants pour « entamer des négociations directes de paix ». Ces pourparlers devaient être les premiers entre Kinshasa et le M23 depuis la résurgence du groupe armé fin 2021.
Le M23, qui avait indiqué plus tôt lundi envoyer une délégation pour « prendre part au dialogue direct » a expliqué son revirement dans communiqué publié lundi soir.
« Les sanctions successives imposées à nos membres, y compris celles adoptées à la veille des discussions de Luanda, compromettent gravement le dialogue direct (…) Notre organisation ne peut plus poursuivre sa participation aux discussions », a-t-il estimé.
L’Union européenne a pris lundi une nouvelle série de mesures contre des acteurs du conflit, visant plusieurs dirigeants du M23, dont son chef Bertrand Bisimwa, mais aussi plusieurs responsables de l’armée rwandaise.
Kigali a annoncé parallèlement rompre ses relations diplomatiques avec la Belgique, accusant l’ex-puissance coloniale d’avoir « pris parti » pour Kinshasa.
– « Ligne rouge » –
Kinshasa, qui a jusqu’ici rejeté toute discussion avec le M23, considéré par les autorités congolaises comme « un groupe terroriste », avait confirmé dimanche envoyer une délégation à Luanda, sans toutefois s’engager à mener des négociations directes avec le groupe armé.
L’organisation de pourparlers directs avait été annoncée par la présidence angolaise immédiatement après une visite de M. Tshisekedi à Luanda, où il s’est rendu à plusieurs reprises au cours des dernières semaines.
Selon une source diplomatique, Kinshasa avait toutefois été surprise par les termes de l’annonce. Le principe d’un « dialogue direct » avec le M23 a toujours été « une ligne rouge » pour la RDC, a souligné cette source à l’AFP.
La RDC, qui qualifie le M23 de « supplétif » de l’armée rwandaise, s’en tenait jusqu’à présent à des négociations avec Kigali pour mettre un terme à « l’invasion rwandaise ».
Jusqu’ici, toutes les tentatives diplomatiques pour mettre fin au conflit ont échoué. Les multiples appels à une désescalade et à un cessez-le-feu lancés par la communauté internationale sont restés lettre morte.
Mi-décembre, le président Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame devaient se rencontrer à Luanda, mais le sommet avait été annulé à la dernière minute, les deux parties n’ayant pu s’entendre sur les termes d’un accord.
L’est de la RDC est ravagé depuis 30 ans par des violences impliquant une myriade de groupes armés et certains pays voisins de l’immense nation d’Afrique centrale, défendant leurs propres intérêts notamment économiques.
Les dernières violences ont fait plusieurs milliers de morts et forcé des centaines de milliers de personnes à quitter leur foyer, selon l’ONU et le gouvernement congolais.
Kinshasa et le M23 avaient déjà tenu des pourparlers en 2013 après un précédent conflit. Le groupe armé s’était emparé une première fois de Goma en 2012 avant d’être vaincu militairement l’année suivante par les forces armées congolaises appuyées par des Casques bleus.
Le M23 avait alors négocié un accord, signé à Nairobi fin 2013, portant sur la réinsertion de ses combattants dans la vie civile.
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