Le président gabonais est en position de force en tant que candidat à sa propre succession. Mais il devra s\’assurer que son équipe ne commette pas les mêmes erreurs qu\’en 2016.
La stratégie qui gagne est toujours utilisée. On se rappelle encore de l’évènement du Jardin botanique de Libreville, samedi 12 mars, 10h30 Ali Bongo Ondimba monte sur scène. La foule des grands jours, celle d\’avant le Covid, se tenait devant lui. Près de 8 000 personnes ont crié « Ali, Ali, Ali ! En agitant des drapeaux gabonais et en criant \”Ali, Ali, Ali!\” L\’énergie dans la salle est palpable. Cela faisait quatre ans qu’il n’avait plus le contact de sa base. Quatre ans se sont écoulés depuis que les militants du Parti démocratique gabonais n\’ont pas été physiquement adressés par le chef du pays (PDG). Il renoue ainsi avec son passé le fameux samedi, à l\’occasion du 54e congrès de l\’organisation que feu le président Omar Bongo Ondimba a formé le 12 mars 1968.
Ali tient des propos qui n\’aident manifestement pas la cause de l\’opposition et l\’incitent à tourner encore plus vite la page \”Ping\”. \”Jean Ping, comme tous les grands responsables politiques, court le risque de mourir en politique. Aujourd\’hui, cependant, nous voulons regarder vers l\’avenir. Reconstruire nos fondations. Et construisons l\’avenir, plaide un membre de la coalition d\’opposants Call to Act, qui a poussé en vain à la reconnaissance de la vacance présidentielle. Nombreux sont ceux qui attendent avec impatience leur chance d\’occuper le devant de la scène. Le président du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM), ainsi que Charles Mba, l\’ancien ministre des Finances, de l\’Union nationale, cofondée par Paulette Missambo et Paul-Marie Gondjout, et le collectif Appel à Loi, qui vise à représenter \”une nouvelle génération\” d\’opposants face aux \”vieux barons fatigués\”, en 2018.
Le Président Gabonais est cependant conscient que les citoyens gabonais attendent de plus en plus de son gouvernement et que son bilan fera pencher la balance dans un sens ou dans l\’autre au moment de la décision finale. Il est conscient d’être bénéficiaire d’une grâce de Dieu. Ali comprend qu\’il est un miracle, et que si son accident vasculaire cérébral était survenu à Libreville ou au Tchad, où il devait se rendre le lendemain de son accident, il ne serait plus en vie aujourd\’hui. Mais il faut aussi noter que le chemin qu\’il a parcouru depuis le début de sa rééducation à Rabat est énorme. Il était paralysé, confiné à un fauteuil roulant et incapable de communiquer. Il a retrouvé sa motricité, même si sa jambe droite refuse toujours de lui obéir pleinement, et son discours est normal, quoique moins fluide. Le chef, aux yeux de tous ceux qui l\’ont rencontré depuis, continue de travailler comme avant. L\’homme s\’est imposé une autodiscipline stricte, faisant des centaines d\’heures de rééducation et d\’orthophonie, ainsi qu\’un régime sévère qui lui a fait perdre plus de quarante livres.
Pour ceux qui doutent de toute l’aptitude du Président Gabonais ; Ali Bongo Ondimba a accepté de donner une interview pour la première fois depuis qu\’il a subi un accident vasculaire cérébral en Arabie saoudite en octobre 2018. Il n\’y avait pas de tabous ni de préparation réelle dans cette rare interview. Toutes les questions étaient répondues par le Président gabonais. Et les Journalistes étaient si nombreux que les interrogations se sont accumulées depuis cet épisode : sur son véritable état de santé et sa capacité à gouverner le pays, sur la façon dont il s\’est peu à peu reconstruit, ou encore sur la séquence terrifiante qui a accompagné sa guérison, alors que son pouvoir déclinait. Et les scores à l\’intérieur de son propre camp se sont multipliés. Mais aussi sur tous les sujets qui ont dominé l\’actualité gabonaise depuis son retour ; sans oublier le grand ménage qui a eu lieu dans son premier cercle, dont l\’incroyable épisode de la chute du tout-puissant directeur de cabinet, Brice Laccruche Alihanga ; les nombreux changements de gouvernements et de Premiers ministres ; l\’ascension de son fils aîné, Noureddin ; la lutte contre la corruption ; les conséquences de la pandémie de Covid-19 ; ou la stratégie des autorités pour mener à bien les réformes pandémiques qu\’elles ont faites.
Ali Bongo est au courant de toute la situation politique de son pays et son propre parti. Il n\’a pas oublié que son camp a été déchiré pendant son absence, posant plus que jamais un défi à son pouvoir. Une fois de plus, il a été béni avec la bonne fortune. ABO a procédé à un nettoyage important au sein de ses troupes depuis cet événement trouble. Steed Rey, Serge Mickoto, Arsène Emvahou… Maixent Accrombessi, Liban Soleman, Étienne Massard, Frédéric Bongo, Monsieur Park, Steed Rey, Serge Mickoto… Ses plus proches collaborateurs, ceux qui avaient formé sa garde rapprochée depuis 2009 voire avant qui, ont également été limogés, et aucun d\’entre eux n\’était dans la salle. Seuls les secrétaires généraux du président, Jean-Yves Teale, Michael Moussa, récemment passé du ministère de la Défense au ministère des Affaires étrangères, et Lee White sont restés à ses côtés (Environnement). Sans ignorer, mais inévitablement, sa famille proche, notamment son fils aîné Noureddin et sa femme Sylvia.
En plus des Journalistes, Ali Bongo a aussi rencontré le Président Français, Emmanuel Macron. En tout état de cause, l\’entretien avec le président français a établi une chose, tout simplement cruciale : le président continue à travailler comme avant. Les deux hommes ont longuement évoqué divers sujets africains d\’actualité (sécurité au Sahel, Mali, Guinée, Tchad…), ce qu\’ABO aime faire. Le président gabonais n\’a pas été vu sur la scène internationale depuis longtemps. Il se plaisait à recevoir chez lui, au Palais du bord de mer, des hôtes de marque ; il vient de rentrer d\’une tournée qui l\’a conduit en Arabie Saoudite, en Ecosse pour la COP26, au Maroc et enfin en France. La domination d\’ABO est également visible sur la scène nationale. Noureddin, son fils aîné, est le coordinateur général des affaires présidentielles. Les Maixent Accrombessi, Liban Soleman, Frédéric Bongo, Étienne Massard et d\’autres pièces majeures de l\’échiquier présidentiel ont tous été expulsés dans ce qui semblait être une sanction, selon les rumeurs.
Noureddin reprend une place qu\’il adore, certes dans l\’ombre, mais toujours en compagnie de son père. La page du premier trimestre et le début du second, arrachés à l\’agonie en 2016, sont définitivement tournés. Le président est devenu un gars harcelé. Tout juste un an auparavant, il avait confié à JA que le drame qu\’il avait traversé l\’avait profondément marqué. Pour chacun d\’entre nous, le temps presse. Par conséquent, il doit être utilisé correctement, a-t-il déclaré. Bien sûr, l\’élection présidentielle de 2023 est au fond de sa tête. Sans oublier les élections législatives et locales, qui doivent avoir lieu la même année. Le moment était significatif car cela faisait quatre ans que le président n\’avait pas parlé à ses troupes. L\’année 2023 approche à grands pas. Je serai là pour vous soutenir. […]. La seule conséquence possible est la victoire. Déclara son fils aîné, Noureddine. Ce dernier a quitté ses fonctions de coordinateur général des affaires présidentielles, serait un prétendant, le message est clair : ABO n\’envisage pas de quitter le Palais en bord de mer.
Qui aurait cru à une telle hypothèse il y a quelques mois ? Ali ne partage que le patronyme Omar avec Omar, mais son camp n\’a pas réussi à convaincre les Gabonais. La suite est connue… Les barons de l\’opposition se sont alignés au hasard derrière Jean Ping, qui avait failli rater le coche. Le plus triste est que le \”succès\” de la candidature de Ping n\’a rien à voir avec le soutien gabonais à lui ou à sa proposition. C\’était un vote de protestation, un vote contre le système Bongo, considéré comme perpétuant une dynastie politique à la tête du pays. Ali, en revanche, n\’a aucune ressemblance avec Omar si ce n\’est un nom de famille, mais son camp n\’a pas réussi à convaincre les Gabonais. Du coup, les choses sont revenues à la normale au Palace by the Sea. ABO a désormais un contrôle direct sur son pouvoir. Son but ultime est apparent, même s\’il ne l\’avouera pas, du moins pas tout de suite car il n\’y a aucun intérêt : sa réélection en 2023.
Le couteau est à double tranchant face à une opposition affaiblie et divisée, dont les vedettes Alexandre Barro Chambrier, Guy Nzouba Ndama et Paulette Missambo se préparent tous pour la compétition, tandis que Jean Ping a entièrement disparu des écrans radar et qu\’aucun nouveau protagoniste ne se développe. Même si l\’on remporte la présidence avec seulement 200 000 voix dans ce pays raisonnablement riche à l\’échelle continentale, ABO est pleinement conscient que son bilan et la perception gabonaise seraient les facteurs les plus importants de la campagne à venir. Les attentes sont grandes et le temps presse : la grande échéance n\’est plus qu\’à vingt mois environ… Aujourd\’hui, l\’équation est sensiblement la même. Face à une résistance apparemment défaillante, Ali se présente malgré tout en position de pouvoir. Les ténors d\’hier, comme Jean Ping ou Guy Nzouba Ndama, ont vieilli et terni, ont disparu (Oye Mba), ou sont rentrés chez eux (Jean Eyeghe Ndong, René Ndemezo\’o Obiang).
Cependant, il serait insensé pour le PDG de sous-estimer la concurrence, comme cela s\’est produit en 2016, car d\’autres personnes peuvent influencer et influencer l\’élection. Comme Alexandre Barro Chambrier, le patron du Rassemblement pour la Modernité, ou Paulette Missambo, Paul-Marie Gondjout et Charles Mba de l\’Union nationale, ou encore les membres du collectif Call to Act, qui veulent représenter \”une nouvelle génération\” d\’opposants contre les « vieux barons fatigués ». Par ailleurs, le PDG ne peut pas s\’appuyer sur un bilan car le gouvernement n\’a pas été en mesure de mettre en œuvre toutes les réformes en raison de l\’AVC ABO et de ses effets, suivi de la pandémie de Covid-19, très bien maîtrisée attendue. Pour être honnête, le principal adversaire d\’Ali dans la campagne à venir pourrait très bien être Ali lui-même, ou à tout le moins son propre camp. Et comment les gabonais vont le percevoir.
Les vétérans de l\’administration de son père peuvent encore lui être utiles. Seul viatique, pour persuader les gens que, malgré son nom, il est la meilleure personne pour répondre à leurs besoins, tout en reconnaissant que ce qu\’il a fait depuis son élection n\’a pas été suffisant et qu\’il n\’est plus le même. Voltaire a observé : « L\’humilité est le remède à l\’orgueil. L\’orgueil, en revanche, a failli l\’emporter sur ses désirs… Yves-Fernand Manfoumbi, Jean Eyeghe Ndong, Marcel Abeke, Léon Nzouba, Félicité Ngoubili, Jean Eyeghe Ndong… Ils n\’étaient pas tous déréglés, mais ils reviennent tous au centre du pouvoir en fusionnant le Haut-commissariat de la République ou en se voyant confier un ministère stratégique. Dans 18 mois, la prochaine élection présidentielle aura lieu. Ali Bongo Ondimba (ABO) a étonné tout le monde en procédant en quelques jours à un vaste examen des militaires. Évictions, promotions, entrée de nouvelles têtes, dont certaines issues de l\’opposition, et remise en grâce d\’anciens barons du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir)… Même si les petites et grandes manœuvres sont loin d\’être terminées A un an et demi de la prochaine élection présidentielle, le chef de l\’Etat met progressivement en place son staff. Le deuxième épisode sera diffusé le 8 mars.
Les têtes tourbillonnaient alors que de nouvelles personnes entraient dans le gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda ce jour-là. Exit Carmen Ndaot (Promotion des investissements et Partenariats public-privé), Biendi Maganga Moussavou (Agriculture), Prisca Nlend Koho (Affaires sociales), Edgard Anicet Mboumbou Miyakou (Communication), Sosthène Ossoungou (Budget), et Mathias Otounga Ossibadjouo (Budget) (Décentralisation). Et bienvenue à Jean-Pierre Doukaga Kassa et Jean-Norbert Diramba, deux membres du Parti démocrate, dirigé par Guy Nzouba Ndama, ancien président de l\’Assemblée nationale et ancien disciple de Jean Ping. Autre évolution notable, la nomination de Félicité Ngoubili, ancienne ambassadrice à Paris, à la tête du stratégique ministère de la Défense. Elle succède à Michal Moussa Adamo, proche d\’ABO depuis près de trois décennies et qui sera en charge des Affaires étrangères. Le retour d\’Yves-Fernand Manfoumbi, jusqu\’alors en charge du Tourisme, et l\’entrée de Pascal Houangni Ambouroue, jusqu\’alors chargé de la présentation au ministère de la Communication, sont également importants.
Rien n\’est jamais définitif au Gabon en termes de carrière ou d\’appartenance politique. A fortiori lorsqu\’une échéance approche. Il semble certainement avoir appris de ses erreurs, réorganisant ses équipes et licenciant les individus qui n\’ont pas répondu aux attentes. Mais aussi en revenant à un certain nombre de dogmes, comme sa méfiance à l\’égard des anciens du régime de son père, qui lui seront peut-être utiles ou non, ou son intransigeance à une époque où le pragmatisme l\’obligerait à passer outre certaines rancunes. Il devra surtout expliquer pourquoi un nouveau mandat s\’impose, quel sera son nouveau projet, et comment il le mènera dans une parfaite ouverture, pour que le peuple gabonais puisse cette fois lui faire pleinement confiance. Enfin et surtout, il devra être bien entouré. Pas si simple, même si on peut devenir président avec un peu moins de 200 000 voix dans ce pays plutôt riche à l\’échelle continentale…
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