Bissau, Guinée-Bissa – La Guinée-Bissau, petit pays lusophone d’Afrique de l’Ouest habitué aux turbulences politiques, est agitée depuis plusieurs mois par un débat tendu portant sur la date de fin de mandat du président Umaro Sissoco Embalo et l’organisation des prochaines élections.
– Coups d’Etat et valse des gouvernements
Cette ancienne colonie portugaise est devenue indépendante en 1974 après une longue guerre de libération, menée par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) d’Amilcar Cabral, assassiné en 1973.
Depuis, le pays a connu quatre putschs (le dernier en 2012), 17 tentatives de coup d’Etat et une valse des gouvernements.
José Mario Vaz, élu président en 2014, a été le seul chef de l’État depuis l’instauration du pluripartisme à terminer son mandat sans être destitué ou assassiné.
En 2019, la dernière présidentielle a été marquée par une crise électorale, aboutissant aux investitures de deux chefs d’État rivaux: l’ex-Premier ministre Domingos Simoes Pereira, candidat du PAIGC, contestait la victoire attribuée par la commission électorale à un autre ex-Premier ministre, l’opposant Umaro Sissoco Embalo.
En avril 2020, après quatre mois de blocage, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a reconnu M. Embalo comme président.
M. Embalo affirme avoir échappé à deux tentatives de coups d’Etat, en janvier 2022 et en décembre 2023.
Après ce dernier coup de force présenté comme une tentative de putsch, M. Embalo a dissout l’Assemblée nationale, dominée alors par l’opposition qui a crié au “coup d’Etat constitutionnel”.
Depuis, le président a repoussé une première fois des élections législatives, avant d’annoncer la date du 23 novembre 2025 pour un scrutin présidentiel et législatif.
L’opposition, emmenée par son rival Domingos Simoes Pereira, considère que le mandat de M. Embalo a expiré et ne le reconnaît plus comme président du pays.
– Un pays très pauvre
Ce petit pays (36.100 km2), constitué d’une partie continentale et de l’archipel des Bijagos (88 îles dans l’océan Atlantique), est frontalier du Sénégal et de la Guinée.
Sa population comptait 2,15 millions d’habitants en 2023, selon la Banque mondiale, ainsi qu’une grande diversité de groupes ethniques, de langues et de religions.
Environ un quart de la population vivait toujours sous le seuil de pauvreté en 2021 (Banque mondiale).
En 2023, la croissance du pays a été de 4,3% selon la Banque africaine de développement, qui anticipe une croissance de 5,2% en 2025.
Parmi les plus grands pays producteurs de noix de cajou au monde, l’économie de la Guinée-Bissau repose principalement sur l’agriculture, qui représente 45% du PIB, note la Banque mondiale.
La Guinée-Bissau est classée 179e sur 193 pays dans l’indice de développement humain du Pnud (classement 2022), qui mesure la qualité de la vie.
L’espérance de vie à la naissance se limite à 60 ans.
– Narcotrafic et corruption
L’instabilité et la pauvreté ont favorisé l’implantation de narcotrafiquants, qui utilisent ce territoire comme zone de transit de la cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe.
Des responsables militaires de ce pays ouest-africain ont souvent été cités dans ce trafic ces dernières années.
Le fils d’un ancien président de Guinée-Bissau, Malam Bacai Sanha Jr, a été condamné en mars 2024 à plusieurs années de prison aux Etats-Unis pour son implication dans un trafic international d’héroïne.
Selon la justice américaine, M. Sanha organisait un trafic d’héroïne afin de financer un coup d’État visant à l’installer à la présidence de Guinée-Bissau.
En septembre 2024, cinq Latino-Américains avaient été arrêtés à Bissau avec 2,6 tonnes de cocaïne dans un aéronef en provenance du Venezuela.
Le président Embalo a exclu en août 2021 d’extrader le général et ancien putschiste Antonio Indjai, recherché par les États-Unis pour son implication présumée dans un trafic de drogue en lien avec les Farc colombiennes.
La Guinée-Bissau pâtit d’une corruption endémique, en raison de laquelle elle a été classée 158e sur 180 pays en 2024, selon l’indice de perception de la corruption de l’ONG Transparency International.
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